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Réfléchir. Imaginer. Ecrire

Relire 1984

À l’heure du numérique, des réseaux sociaux, du wokisme et de l’intersectionnalité, la (re)lecture du roman de George ORWELL est un excellent exercice d’hygiène intellectuelle.

Roman d’anticipation écrit en 1948, 1984 imagine un monde totalitaire dans lequel le « Parti » dirige, réglemente, régimente, ordonne la vie de chaque individu. La surveillance y est totale, à travers notamment un « télécran », présent dans chaque pièce, qui permet au pouvoir à la fois de distiller des informations et de regarder ce que chacun trame chez soi ou au bureau. Roman d’anticipation, avez-vous dit…

Pour asseoir sa domination, pour amener chacun à trouver qu’il est (normal et) bon que Big Brother s’occupe de sa vie jusque dans ses moindres recoins, le Parti a entrepris de prendre le contrôle de chaque esprit. Les outils qu’il utilise sont le langage et la réécriture permanente de l’histoire.

Un travail minutieux de sabordage du langage est mené par le pouvoir. Les mots sont utilisés à l’inverse de leur signification première, pour en faire perdre le sens, pour faire admettre l’inadmissible. Le gouvernement de l’Océanie (le pays fictif dans lequel se déroule l’action) comprend, par exemple, quatre ministères. Le ministère de la Vérité, qui s’occupe de l’information et de l’éducation, le ministère de la Paix, chargé de la guerre, le ministère de l’Amour, qui fait régner la loi et l’ordre, et le ministère de l’Abondance qui répartit la pénurie d’une économie administrée.

Cette façon d’utiliser le langage à rebours, pour revendiquer ce dont il fait le plus défaut, n’est pas nouvelle. Les régimes totalitaires installés par la Russie soviétique en Europe de l’est s’appelaient tous « démocratie populaire ». Ils n’avaient rien de démocratique, ni de populaire. Mais on peut penser plus près de nous, à la violence de notre société, à ces petites frappes qui vous parlent de « respect », à ces discours officiels où l’on chante le « vivre ensemble » à chaque scène de guérilla urbaine, « l’inclusion » alors que l’ascenseur social est en panne depuis bien longtemps, la « bienveillance » alors que les réseaux sociaux sont le vecteur de déferlements de haine et de mépris entre des « communautés » refermées sur elles-mêmes. Le gouvernement de l’Océanie organise d’ailleurs des « Semaine de la Haine », où les gens sont invités à se déchaîner contre un ennemi désigné par le pouvoir, comme on jette aujourd’hui en pâture un nom à la vindicte sur un réseau social.

Inclusion, bienveillance, vivre-ensemble… autant de notions qui relèvent de ce que le régime de l’Océanie, dans 1984, définit comme le « néo-parler ». Le langage est un outil au service d’une cause. Qu’importe l’étymologie, qu’importe la faiblesse conceptuelle des mots, ils deviennent les marqueurs d’une langue officielle à laquelle chacun doit se rallier, abdiquant pour partie au moins, sa liberté de penser. L’un des buts du Ministère de la Vérité est de réduire, d’année en année, le nombre du mots présents dans le dictionnaire, pour amener les citoyens à une pensée réduite, sans nuance ni autonomie. Il est vrai que notre pensée se forme par les mots que nous avons à disposition. Sans ce matériau, il est plus facile d’inculquer une vérité toute faite, qui sera d’autant plus facilement acceptée que l’esprit critique aura disparu.

Le gouvernement de l’Océanie mène un travail colossal à la fois pour récrire en permanence l’histoire et rendre les évènements conformes aux prédictions passées du Parti ainsi que pour édulcorer toute la littérature ancienne, l’expurgeant de tous les concepts qui peuvent nuire à son idéologie, fussent-ils aussi anciens et partagés que le monde lui-même. Il suffit de songer à l’œuvre de destruction qu’est la récriture des œuvres anciennes « nettoyées » du vocabulaire devenu incorrect aujourd’hui. De Marc Twain à Agatha Christie, combien de livres sont revus, repris, pour les rendre conformes à logorrhée politiquement correcte du moment.

Ce travail, celui d’une police de la pensée, celle qui, dans 1984, lutte contre le « mentocrime », prétend imposer le vrai et le juste, faudrait-il pour cela fusiller la moitié de la terre au nom du bien et du bonheur du peuple.

La manipulation de l’histoire et de la pensée, le refus du débat auxquels se livrent les zélotes du wokisme et les agités du bocal de l’intersectionnalité relèvent de la même démarche que celle du gouvernement de l’Océanie de 1984. La violence de leurs interventions et de leurs intimidations n’a rien à envier aux Semaines de la Haine de l’Océanie. Sciences-Po et une partie de l’université ont déjà succombé aux sirènes du totalitarisme. Quel sera demain le refuge des esprits libres ?

Lisons, lisons encore et toujours pour fortifier nos esprits et développer notre sens critique. Refusons d’hurler avec les loups. Nous risquerions sinon finir, comme Winston, le héros de 1984 qui, au bout d’insupportables séances de tortures physique et psychologique, en arrive non seulement à aimer Big Brother mais encore à approuver avec lui que 2 et 2 font 5.

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M
J'ai lu ce livre lorsque j'étais adolescente. J'en ai oublié les détails mais je me souviens que ce roman m'avait inquiétée, mise dans l'inconfort. J'espérais que la course du monde n'irait pas dans ce sens.<br /> J'appréhende de le relire, en sachant pourtant déjà que la réalité tend à rejoindre l'anticipation.<br /> Merci pour ce partage
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M
Je relis actuellement " LES MISÉRABLES "...Un retour aux sources qui fait du bien dans notre monde de fou...
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